Souvenirs

A une époque de ma vie pas si lointaine, mon job d’été consistait à donner un coup de main dans une librairie pour la rentré scolaire. Là, dans l’effervescence fiévreuse de la course aux fournitures, entre les parents sous pression qui déchiffrent à grand peine des notes mal prisent par leur rejeton et des lycéens comptant le nombre de page d’un même titre pour être sur de prendre le moins gros, on à la droit à quelques perles. Top 5 :

5- « Je voudrais le workbook ». En français, le cahier d’exercices. En gros, avec ça, on a autant d’info que s’ils se pointaient chez Darty pour acheter « un appareil électroménager ».
– « Lequel ?
–  Je sais pas. Y’en a beaucoup ? C’est celui pour les 6ème.
– Il doit y avoir environ une vingtaine de titre. Vous n’avez pas plus de précisions ?
– Ben… c’est celui pour les 6eme B ».
Finalement ils en prennent un au pif en vous expliquant que « c’est bien celui la puisque dessus c’est écrit woorkbook »… et ils le rapportent 2 jours après.

4- En général, dès que les parents ont la liste, ils se précipitent pour acheter les livres. Ce n’est donc pas rare d’entendre des tas de fois la même demande dans la même journée. Par exemple : la bible en classique hatier et le fantôme de canterville d’oscar Wilde en bibliocollège. Autant vous dire qu’à la fin de la journée on sait de quoi on parle… mais ce n’est pas forcement le cas le cas des élèves qui transforment l’exemple sus décrit en la bible d’oscar wilde chez bibliolycée. La prise de note en diagonale. Ceux la, on les sent déjà mal barré pour la suite de leur scolarité.

3- Les écoles et les profs sont loin d’être innocents dans la débâcle de la rentrée. Oublions les fois ou ils demandent des livres épuisés, de mauvaises références ou des titres qui ne correspondent pas à l’éditeur, pour nous concentrer sur le cas plus fréquent des fautes d’orthographe ou de frappe. Workbok, Sande, Cornielle etc… seront demandés tel quel par des parents (et/ou éléves) méticuleux qui refuseront en bloque l’idée que le corps enseignant ou l’institution scolaire puissent se tromper. « Mais je veux le cid de Cornielle. Ça doit exister puisque l’école le dit ».

2- J’ai travaillé dans ce domaine deux années de suite et, comme dans tous les jobs de vendeur, on est amené à conseiller le client. Après une première année passée à expliquer que les livres de parascolaire reprennent le même programme, que la seul chose qui change, au final, c’est la présentation et (à peine) la manière d’exposer les cours, j’ai opté pour une autre méthode : le choix arbitraire d’un titre parmi la multitude d’ouvrages existant. Pourquoi ? Parce que les parents, soucieux de la réussite de leur progéniture, souhaite toujours avoir le « meilleur », comme s’il y avait un saint graal des livres parascolaire, comme si un seul des 25 titres existant pour les maths Terminal S donnait accès au bac et aucun autre. Un avis tranché de la part du vendeur rassure les parent angoissé par l’avenir de leurs enfants.

1- On ne s’en aperçoit jamais, mais nous somme entouré de génies. J’adore entendre une dizaine de fois par jour « c’est pour mon fils qui est tres intelligent » ou « donnez moi un niveau Ce1 pour ma fille qui est en Cp, elle est tres précoce » ou encore, « mon enfant est en petite section mais il est tres vif »…. Mais ce que j’aime encore plus, c’est quand les parents, affichant fièrement l’intelligence de leur petit viennent accompagné du génie en herbe pour demander un cahier de 4ème parce qu’il s’ennuie en 5ème alors qu’a vu de nez, le gamin se paye juste un bon niveau Cm2.

Enfin, juste pour le fun, voici les demandes les plus saugrenues que j’ai reçu en ce qui concerne les ouvrages de littérature : les fouleries du sapin, boule de juif, le rouge et le vert, candy ou l’optimiste, la garce et maître pathelin, les misereux, le sida et (mon préféré) le génie D. (En gros ça donne : les fourberies de scapin, boule de suif, le rouge et le noir, candide ou l’optimisme, la farce de maître pathelin, les misérables, le Cid et Eugenie Grandet…)

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4 réflexions sur “Souvenirs

  1. natacha dit :

    il n’y a pas si longtemps non plus j’avais le même job d’été que toi , alors juste pour le fun , le workbook new string pour les cinquiémes , le new sting des quatriémes , le workbook  » good noise  » en anglais of course. La femme qui me soutient que l’année derniére il n’y avait qu’un seul workbook et que c’était pas aussi compliqué . Le gars qui cherche une nappe et qui s’est trompé d’endroit , la petite conne qui me répond d’un air scandalisé  » mais c’est du théatre enfin !  » quand je lui demande l’édition qu’elle veut pour le malade imaginaire . Les gens assez bizarres qui te demandent un lundi si la librairie est ouverte le lundi , et surtout , l’imagination que tu dois déployer quand les clients te disent  » mais, POURQUOI ?  » quand leur livre est plus en stock . Allez à demain vieille soupière .

  2. Lizly dit :

    « Vous avez le livre que la prof de français elle a demandé ? – Quel livre ? – Je sais pas, elle a dit qu’il était ici. – tu n’as pas noté le titre ou l’auteur ? – Si mais j’ai perdu le truc. – Tu ne te rappelles pas au moins un mot du titre ? – euh… – le sujet du livre ? – Elle a pas dit… – Bon, on va essayer autre chose. C’est quelle prof ? – Euh… une femme – Il y a 7 femmes en français, il va m’en falloir un peu plus. Tu es en quelle classe ? – 4e – 4e Combien ? – euh… »

  3. Céline dit :

    excellent ! Voila qui rend le travail ludique (même si, sur le moment, vous devez avoir envie de tout sauf de rire) !

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