Un tramway nommé justice

Comme le soulignais, à peu prés en ces termes, BusterCasey vendredi soir, un voyage c’est le dépaysement, la découverte des nouveaux endroits, de cultures inconnues, la rencontre de populations différentes et on oublie trop souvent qu’on peut ressentir tout ça pour le prix d’un ticket de Tram. Mais j’avance trop loin dans le temps pour que vous compreniez. Reprenons cette histoire depuis le début.

Il y a environ un mois, une lectrice assidue de ce blog qui se trouve être également mon amie virtuelle sur ce site communautaire qu’est facebook nous a invité BusterCasey (dont elle est une amie « réelle ») et moi à une pièce à laquelle elle participe. C’est touchant qu’une personne que vous n’avez jamais vu physiquement vous invite avec moult arguments, tarif préférentiel et une forte envie de vous voir. Me voilà pris en étau : d’un coté assister à une pièce de théâtre ne me botte pas plus que ça, d’un autre c’est une occasion pour rencontrer un contact facebook pour la première fois et sans moi Buster n’y serai pas allé. C’est le genre d’invitation à laquelle on souscrit plus pour les gens que pour la soirée en elle même. J’ai donc accepté me mettant un coup de pied au cul au passage. Certes, le théâtre n’est pas ma tasse de thé mais le concept de cette pièce comportant des scènes jouées, chantées et dansées me plais : elle est uniquement interprété par des membres du barreau (d’ou le nom de l’association : « l’art vu du palais »). Après tout mes réticences n’étaient-elles pas dues à la peur d’une situation inconnue ? D’un nouvel environnement ? Des gens ? De moi ?

Arrive le jour J. Buster et moi, en garçons disciplinés, arrivons un peu avant 19h00 (lancement de la soirée) pour nous retrouver face à trois employés du théâtre sensés s’occuper de la billetterie mais apparemment aussi compétant dans ce rôle qu’Isabelle Allonso dans celui d’une féministe ou Valerie Damidot en tant que décoratrice d’intérieur. Au bout de 10 minutes passées dans le hall à les regarder paniquer ensemble pour rien sans nous accorder la moindre partielle d’attention nous avons décidé d’un commun accord de patienter sur le parvis du théâtre (place sur laquelle devait se dérouler une bonne partie de la soirée puisque avant la pièce un appero était servi et qu’après un dîner devait nous attendre).

Nous étions les premiers arrivés nous avons donc pu assister à l’étrange balais donné par la police virant les squatter (les jeunes qui dansent, les couleurs non conformes etc…) et le service de sécurité accueillant les spectateurs. C’est à ce moment la qu’on se trouve projeté dans un univers lointain, comme en voyage (dixit busterCasey). On se serait cru à une garden party : hommes en costume trois pièces sans sac (c’est une grande question pour moi : ou ces hommes dissimulent toutes leurs affaires ? Comment font ils pour sortir sans rien ? Permis ? Chéquier ? Liquide ? …), femmes sophistiquées avec des talons (très) hauts et des robes (noires dans 90 % des cas) griffés, orchestre diffusant une musique jazzy-cool, brouhaha de conversations respirant la culture un verre d’alcool à la main.

Malgré l’effort notable que nous avions fournis, nous n’étions pas dans le ton : pantalons à pinces, chemises décontractées et surtout, les seuls à porter un sac . A un moment, quand même les serveurs sont mieux sapés que vous, les choses deviennent claires donc nous avons fait ce que tout être humain normal aurai fait (non, pas boire) : nous nous sommes mis à l’écart et nous avons regardé. D’un point de vu sociologique c’est amusant (culture de classe, répartition spatiale etc…), d’un point de vu humoristique vraiment inspirant (la blague la plus récurrente : une discutions hypothétique dans laquelle on nous demanderait « alors comme ça vous êtes avocats? » à laquelle nous répondrions par la négative enchaînant tout un tas de réactions elles aussi hypothétiques : de l’ébahissement « noooooooooon, et on peut vivre avec si peu! », à l’éloignement « ha, ne m’approchez pas, bouseux », en passant par le snobisme « mais pourquoi dédaigné une profession aussi enrichissante ». Oui, je sais, tout cela n’est pas très fin et bourré de lieux communs mais on s’amuse comme on peut).

Les trois paniqués de la réception ayant plus ou moins réussi à régler leurs problèmes, nous avons pu retirer nos place. Je vous retranscrit la scène dans son intégralité :
– « Bonjour, nos place doivent être réservées.
– Ah…(consulte le registre en 10 secondes chrono) je n’en n’ai aucune traces. Elles sont déjà réglées ?
– Désolé, on ne sais pas.
– Bon c’est pas grave (détache 2 places d’une liasse et nous les donnes). Bonne soirée.
– Mais… euh… c’est à dire… c’est bon, c’est tout ?
– Oui oui.
– Ah ! Merci (dubitatif) ».

Donc, sans ne rien payer ni aucune questions nous avons donc pu pénétrer dans la salle (pour ceux qui croiraient à la lecture de ces lignes que nous dilapidons, en resquillant, les aides que l’état français alloue, je tiens à préciser que les place étaient déjà payées).

Je confesse mon inculture en matière de théâtre donc l’avis qui va suivre est celui d’un néophyte mais j’ai trouvé cette pièce amusante, intéressante, intelligente et juste ce qu’il faut d’impertinence. Comme je l’ai dit précédemment, elle était composée de sketchs (vraiment bons, drôles, accessibles et savamment orchestrés) de chansons (des reprises de classiques français avec des paroles remaniées pour rester dans le sujet le tout plutôt bien interprété) et de la danse (vraiment bien chorégraphiée, bien pensée, sexy, on a même eu le droit au strip tease… d’un mec (et oui, on ne peut pas tout avoir)). Les thèmes abordés (le monde de la justice en général) sont des sujets auxquels j’ai peu accès et le appréhender d’une telle manière est un vrai plaisir. Le plus amusant dans tout ça c’est de ce rappeler que chacun des interprètes est un amateur et que son vrai travail, c’est d’être avocat. Alors que j’y suis aller un peu à reculons, je dois avouer que j’aurais vraiment regretter de rater cette pièce et je pense qu’elle a chamboulé pas mal de mes idées reçues sur les avocats.

Je suis donc sortie de cette prestation plutôt euphorique pour me jeter dans la fosse aux lions : le repas. Pour une fois, nous (Buester et moi) avons essayé de combattre les asociaux qui sommeillent dominent en nous. S’asseoir à une table déjà occupée par une floppé de membre du barreau été trop pour nous. Notre stratégie a donc été la suivante : on se pose à un table inoccupée et c’est les autres qui devront nous solliciter. Nous avions le choix entre deux tables et notre préférence s’est naturellement portée sur la plus éloignée. Une fois installé nous avons regarder les tables se remplir progressivement avant de nous faire déloger par une bande de trois filles :
– « Excusez nous ! Vraiment navrées, mais cette table est celle du bâtonnier..
– abeojooo. beuuuh. d’accord.
– oui. merci. désolé ».

Au début, on s’est dit qu’elles voulaient une table de dix et que les deux boulets qui la squattait leur posaient un problème qu’elles ont résolu en montant un énorme bobard. En réalité c’était vraiment la table du bâtonnier. Quoi de moins étonnant ? S’asseoir à la mauvaise table découle de la même logique que celle qui pousse inévitablement à choisir le train qui partira en dernier sur les trois à quai pour la même destination.

Nous nous somme donc retrouvés debout, au milieu d’environ 200 personnes assises avec pour seule option s’introduire dans un groupe déjà formé d’au moins huit personne. En bonnes larves qui se respectent nous avons donc mis les voiles. Vous visualisez le lieu un peu à l’écart ou se retrouvent les serveurs pour fumer une clope ? Et bien dépassez le : nous étions caché aux yeux de tous, à l’endroit d’où les drogués/squatters s’étaient fais éjecter quelques heures auparavant. Nous avons passé 1h30 en ce lieu reculé, notre seul échange de regard sympathique ayant eu lieu avec le gars du service de sécurité (et c’est drôle de constater qu’en totalisant 9 ans d’études après le bac à nous deux, nous sommes plus proche du service de sécurité que d’avocats ayant plus ou moins notre age). Pas très glorieux.

Finalement , quand les tables ont commencées à se vider et les personnes restantes à s’alcooliser, nous avons surmonter notre rebut initial pour tenter de localiser notre amie perdue dans cette masse grouillante de juristes (qui de son coté nous a chercher un bon moment, oubliant sans doute à quels boulets elle avait à faire). Dix minutes avant son départ (la vie est mal faite et, quand on lui donne un coup de pouce, elle l’est encore plus) nous l’avons finalement retrouvé et passé, compte tenu du peux de temps qui nous restait, un moment très agréable. Ce qui est assez sidérant c’est de voir avec quel enthousiasme elle parlait à ceux qui, dans les yeux de tous ces collègues, étaient des loosers finis.

On pourrait penser à la lecture de ce post que j’ai passé une abominable soirée. En fait, j’ai passé une très bonne soirée (décrite de manière cynique je le concède): j’ai rencontré une personne très sympa et intéressante, j’ai vu une bonne pièce, je me suis confronté à un univers social complètement inconnu (une expérience vraiment enrichissante) et j’ai confirmé des défauts sur lesquels je devrais travailler. Instructif à plus d’un titre.

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4 réflexions sur “Un tramway nommé justice

  1. Buster Casey dit :

     Sacré post ! Un des plus longs de ta carrière… Mais très juste et representatif à deux-trois détails près (détails découlant uniquement d’un ressenti subjectif, bien entendu…).

  2. Buster Casey dit :

     Au contraire, ta vision de la soirée m’interessait au plus haut point. Maintenant, si je dois la raconter, je risque les répétitions et bcp trop de ressentis perso pour être vraiment accrocheur… J’y réfléchis !

  3. Céline dit :

    Ben dis donc, quelle épopée ! Et surtout quel ressenti, j’aurais jamais cru ça ! Personne ne vous a vus comme des « losers finis », je ne vois vraiment pas pourquoi en plus… Ceci dit cette narration était très drôle (c’est quoi l’histoire de Yoda, M. loyal et les tenues des danseuses ????) ! Contente que le spectacle t’ait plu et merci pour le compte rendu, j’ai hâte de lire celui de ton compère !

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