Astuce n°13 : Séries z en vrac

Quiconque ayant déjà regardé Virgin17, NT1 ou NRJ12 après 22h00 sait forcement ce qu’est un nanard. C’est le genre de films réalisés avec un budget minuscule et/ou un scénario inconsistant et/ou des acteurs peu convaincus et/ou des effets visuels kitsh (et j’en passe) mais qui malgré tout ce veut sérieux, à tel point qu’il en devient comique (à la différence du navet qui lui reste mauvais et navrant).

Un site est dédié à ces films : les chroniques sont drôles, bien écrites, intelligentes, ironiques et moqueuses mais réalisées par des amoureux du genre, vouant un culte aux films nuls et ringards. De plus, le site est bien pensé et vous pouvez regrouper les films par catégories (action, sentiment, teen movie), mais aussi par acteurs ou réalisateurs, écouter les répliques les plus cultes ou encore faire rire Christophe Lambert en le chatouillant.

Voici un exemple de ce que peux donner une critique sur nanardland : elle est trop bien vu par des experts en nanard (sans les captures d’écran malheureusement : pour la lire dans son intégralité non censurée, cliquez ici). Ça vous donnera peut être envie d’en découvrir plus…
ou pas.

 » Petit retour dans le temps… le temps douloureux de vos années de lycée ! Plongez au plus profond de vos mémoires et faites remonter à la surface tous ces souvenirs enfouis. Je sais, c’est dur, mais faites un effort, voyons ! Quelles étaient vos préoccupations principales à cette époque? Avoir votre bac ?
Essayer de ne pas se taper un 2/20 lors du prochain contrôle de cet enfoiré de prof de maths ? Comprendre ne serait-ce que l’énoncé du devoir de ce bâtard de prof de philo ? Trouver un nouveau kit 75, un carbu de 12 et un pot Malossi pour votre 103 SP ? Programmer un nouveau Tetris sur votre vieille Casio ? Eventuellement, prier pour que le dentiste vous enlève cet abject appareil pour qu’enfin, oui, enfin, la jolie Jennifer de la Terminale A veuille bien daigner vous accorder un regard, voire même – espoir suprême et irréalisable – accepter de sortir avec vous ?
(Mesdemoiselles, je vous invite à remplacer vous même « la jolie Jennifer » par « le beau Kevin de Première STT », mais si, mais, si… le grand, là, celui avec la boucle d’oreille qui vous faisait toutes craquer, celui-là même qui a repiqué trois fois et qui vient au lycée en Golf GTI Turbo !)

C’était ça, hein ? Allez, avouez ! On est entre nous, là !

Et vous savez pourquoi c’était comme ça ?

Parce que vous n’êtes que des tapettes de Français et des sales cons de pauvres, voilà pourquoi !

Parce que dans la vraie vie, là-bas, en Amérique, c’est pas ça du tout ! Dans la vraie vie, les lycéens viennent au bahut en Porsche ou en 4×4, gardent les dents blanches, sont tous de beaux joueurs de football américain ou de mignonnes pom-pom girls. Et pour les examens… pffft ! Qu’est ce qu’on en a à foutre des examens quand, de toutes façons, le carnet d’adresses de Papa vous garantit une place dans les meilleures universités ? Résolument non ! Dans la vraie vie, l’unique souci, c’est d’être le type le plus populaire du lycée et d’être élu Roi (ou Reine) de la promo ! Ça, c’est VRAIMENT important ! Laissez aux gosses de prolos les doutes sur leur réussite sociale et refaites-moi ce brushing !

Bref, bienvenue dans le monde merveilleux des teen-movies, ces films montrant la jeunesse dorée américaine aux prises avec ses affres existentielles, popularisés en France par la 2478e rediffusion de « Beverly Hills ». Univers aseptisé, monocolore (ah, non, il y a quand même quelques Noirs pour les quotas, mais uniquement dans des rôles de sous-fifres comiques), peuplé d’acteurs de 30 ans jouant des ados de 15, de dialoguistes qui pourraient être leurs grands-parents (un ou deux « fucking » égarés dans toute la longueur du métrage), et pour tout dire, extrêmement niaiseux. Un univers niais, avec des acteurs niais, jouant des personnages niais, pour un public de niais. Loin du second degré et de l’ironie d’un « Not Another Teen Movie » ou même d’un « American Pie », « She’s All That » (« Elle est trop bien » en VF) est un digne représentant du genre, et assume avec fierté le premier degré de son discours et l’idiotie cynique de son propos.

Dans ces conditions, qui d’autre que ce grand couillon de Freddy Prinze Jr pouvait occuper avec brio le rôle principal de ce nanar mielleux ? Lamentablissime acteur, le mari de Sarah Michelle Gellar à la ville réussit l’exploit de rendre son personnage encore plus insipide que le nullard Jason Priestley (l’inénarrable Brandon de « Beverly Hills »). Tant de médiocrité se devait d’être récompensée par un film digne d’elle et « She’s All That » y correspond tout à fait : ce film est l’écrin dont Freddy Prinze Jr est le joyau.

Permettez maintenant que je jette un coup d’oeil à la demi-feuille de papier-cul sur laquelle est écrit le scénario pour vous toucher deux mots de ce dernier. Type le plus populaire de son lycée, capitaine de l’équipe de soccer, roi de la promotion 1998, le beau Zach Siler (Freddy Prinze Jr, donc) n’en vient pas moins de se faire larguer par sa copine, la jolie Taylor Vaughan, reine de la promo 98, qui lui préfère un acteur de télé-réalité, autrement plus utile pour sa côte de popularité en vue de l’élection de la « Reine du Lycée 1999 ». Ecoeuré par le cynisme de l’amour de sa vie, Zach parie avec ses amis qu’il peut prendre la fille la plus moche du lycée et en faire la future Reine en moins de 2 mois. Bien vite, son choix se porte sur Laney Boggs, le pire horrible laideron de toute l’institution scolaire. Evidemment, par « horrible laideron » il faut bien sûr entendre « fille très jolie mais qui porte de grosses lunettes, des vêtements pas à la mode et une queue de cheval au lieu d’une permanente ». Artiste peintre maudite à qui les méchantes langues de vipère de sa classe conseillent de se suicider pour obtenir la notoriété, Laney est, en plus de sa laideur toute relative, orpheline de mère et issue d’une famille pauvre (maison de deux étages avec jardin et piscine quand même), dont Zach va devenir le bienfaiteur après quelques efforts pour la séduire. Efforts évidemment ponctués de scènes « comiques » oscillant entre le presque bon (rare), le multi-réchauffé (« hihi ! Il se prend un ballon de volley dans la tête parce qu’il regarde une fille ! ») et le démago gras-du-bide (« hihi ! Il fait le pitre dans un théâtre pour se faire remarquer et la salle applaudit ! »).

Une fois passée entre les mains de son Frankenstein, Laney-le-laideron devient en quelques heures d’intense relooking, Laney-la-giga-bonasse (c’est à dire la même, mais coiffée et sans lunettes) et commence à devenir populaire dans le lycée et auprès des amis de Zach.

Va-t-elle pour autant devenir membre de l’élite scolaire ? Que nenni, car il faut bien savoir une chose, les enfants, c’est que tout ce qui brille n’est pas or. Il vaut mieux être que paraître, et malgré ses nouveaux ramages et plumages, Laney n’en est pas moins restée, aux yeux de toutes les chipies jalouses, la même pauvre petite artiste intello à lunettes qu’avant, que les filles à papa du lycée (et notamment Taylor) se plairont à humilier lors d’une petite sauterie organisée chez un copain de Zach (« Ça te fait quoi qu’une gosse de riches comme moi intègre une grande école d’art alors que toi tu nettoies mon vomi ? »). En revanche, pour la plupart des mecs et notamment le copain de Zach, Laney devient le nouveau trophée à exhiber, et à dépuceler au passage. Victime du déterminisme social de la jet-set de Beverly Hills, Laney choisit de se venger et de retrouver sa fierté en arrachant à Taylor sa digne fonction de Reine du lycée, lors d’une campagne électorale si violente qu’en comparaison, le deuxième tour des présidentielles de 2002 passe pour un ridicule petit épiphénomène dont la seule évocation fait pouffer. Superficialité contre profondeur, grande bringue aux jambes interminables contre petite intello, pom-pom girls contre club des amis de l’art, la guerre sera terrible, sanglante et sans pitié car, aux Etats-Unis, devenir la Reine du lycée est une promotion sociale sans précédent et d’une importance capitale. Comme disait le petit Saddam H., jeune lecteur de Bagdad, « c’est la mère des batailles qui commence ».Ceci dit, campagne ou pas campagne, le bal de fin d’année approche. Et si devenir la Reine du lycée est un objectif crucial dans les institutions scolaires américaines, trouver la bonne cavalière / le bon cavalier pour le bal vient immédiatement derrière dans l’ordre des priorités. Malheureusement, c’est le moment que choisit Dean, le grand rival de Zach, pour révéler à Laney l’existence du pari la concernant. Ecoeurée des pensées cyniques de celui pour qui elle commençait réellement à éprouver des sentiments, elle rompt bruyamment avec lui, à la grande joie de Dean et de Taylor qui, après s’être faite larguer à son tour par son acteur de real-TV, tente de profiter de la notoriété du capitaine de l’équipe de foot du lycée pour garantir son élection (tant l’électeur américain, particulièrement le lycéen, est une créature grégaire, naturellement déterminée à suivre son chef de troupeau ou son leader d’opinion) au grand regret de Zach qui, lui aussi, tel le Pygmalion de la légende, commençait à aimer sincèrement sa créature, et qui, d’un imposant mouvement de sourcil destiné à signifier toute la misère du monde où nous vivons, se remet farouchement en question, décidant d’en finir avec la cupide Taylor et de renoncer à entrer dans la grande université que lui avait choisie son père, pour postuler dans une école d’art, par amour pour Laney.

Le Grand Soir (non Arlette, pas ce Grand Soir-là, je parle du bal de fin d’année) voit l’ensemble des lycéens s’éclater comme des bêtes, menés par un DJ poussif qui réussit toutefois à leur faire entamer en rythme une chorégraphie à la Mia Frye, digne d’un clip de mauvais R’n’B français (pléonasme) diffusé sur M6 (second pléonasme). Faut-il croire que tous les lycéens américains suivent des cours obligatoires de danse rythmique synchronisée ? Reste que cette scène (l’une des plus chargées en nanardise) sera reprise quasi-telle quelle et parodiée dans « Not Another Teen Movie », rendant l’originale encore plus hilarante s’il en était besoin. Elus Roi et Reine de la soirée, Zach et Taylor (haha ! Vous voilà bien baisés, hein ??? Vous étiez persuadés que c’était Laney qui allait gagner, pas vrai ? Et bien non ! A la fin du métrage, l’un des scénaristes à dû se rappeler pourquoi il était payé et a conçu ce rebondissement final)
s’aperçoivent qu’ils n’ont décidément rien à se dire. Au mépris de sa réputation, Zach descend du podium pour aller au secours de Laney, emmenée dans un hôtel de passe par Dean qui avait toujours eu une petite idée derrière la tête lorsqu’il l’avait invitée au bal, prouvant au passage que Freddy Prinze Jr a le numéro de tous les hôtels de Los Angeles dans son portable, ce qui est bien pratique. Ceci dit, rassurez-vous (ou soyez déçus, c’est selon), ça reste un teen-movie et il ne se passera strictement rien entre Dean et Laney. On ne verra pas une moitié de baiser fougueux, pas un quart de bout de nichon, pas un demi poil de cul, rien, que dalle, nada. On apprendra juste plus tard qu’elle s’en est sortie grâce à une corne de brume et c’est tout.

Bon, et le happy end dans tout ça ? Il arrive, mes bons amis, il arrive ! Et, je vous rassure : il n’y a ni la moindre once de suspense, ni le moindre degré d’originalité dans celui-ci, soyez tranquilles. A la fin, les deux tourtereaux dansent et s’embrassent dans le jardin de cette dernière, au bord de la piscine, sous la lumière des milliers d’ampoules installées par le père de Laney. Avouez que vous y aviez pas pensé à une fin pareille !

Comment ça, si ?

Alors, d’accord, d’accord, « She’s All That » n’est certainement pas le nanar d’anthologie promis. Faisant la même impression au spectateur qu’une lente noyade dans une mélasse sirupeuse rose bonbon au goût très sucré, il a la particularité d’être le film qui a relancé la mode du teen-movie, genre qui semblait tombé en désuétude, à l’aube du troisième millénaire. Et lorsqu’on entrevoit le potentiel daubesque du genre, on ne peut que laisser couler une larme de gratitude pour ce film précurseur, admirablement servi par le jeu jouissivement nul d’un Freddy Prinze Jr flirtant avec le zéro absolu du métier d’acteur « .

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